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Compte-rendu mission médicalisée 2004 en Casamance

Dernier ajout : 29 août 2006.

MISSION MEDICALISEE en CASAMANCE Du 17 janvier 2004 au 27 février 2004

ANIMA a organisé avec le concours de VSF Suisse une mission médicalisée de six semaines en Casamance.

1.Généralités Hyacinthe Didedhiou notre correspondant en Casamance et Yves Lanneau qui ont participé à la mission avaient établi tous les contacts préalables tant avec les autorités régionales médicales et administratives qu’avec les représentants des villages, ceux des comités de santé et les agents de santé. Nous détenions donc les autorisations officielles d’exercer cependant que les habitants de chaque village connaissaient les dates et les raisons de notre venue à leur case de santé. Cette mission réunissait quatre médecins généralistes, deux infirmiers diplômés d’état, un dentiste et l’aide Sénégalais qu’il a formé. Elle s’est déroulée à partir de trois voiliers qui nous ont servi de logis et de base logistique mobile :
-  "Aglaé", voilier de VSF Suisse
-  "Esperanza" voilier amicalement mis à notre disposition par nos amis Belges Claire et Alain
-  "Tristan" voilier de notre dentiste et de Marie qui nous a accompagné jusqu’à Niomoune.

2.Dates Nous avons travaillé
-  du lundi 19 au jeudi 22 janvier à AFFINIAM en l’absence de Sœur Marie-Noël, infirmière responsable retenue à Dakar pour raisons de santé.
-  Du vendredi 23 au samedi 24 janvier à la case de santé de Djilapao
-  Déplacement le dimanche 25 janvier sur Bandial
-  Travail à Bandial du lundi 26 au vendredi 30 janvier
-  Déplacement sur Niomoune dans la matinée du samedi 31 janvier
-  Travail sur Haer le lundi 2 février
-  Travail sur Hitou le mardi 3février
-  Travail à Niomoune du mercredi 4 au samedi 7 février
-  Déplacement à Diogué dans la matinée du lundi 9 février
-  Travail à Diogué jusqu’au jeudi 12 février
-  Déplacement sur Cachouane en fin de soirée du jeudi 12 février
-  Travail à Cachouane les vendredi 13 et samedi 14 février
-  Déplacement sur la Pointe Saint-Georges le dimanche 15 février
-  Travail à la Pointe Saint Georges du lundi 16 au mercredi 18 février
-  Déplacement sur Ziguinchor le jeudi 19 Février
-  Entrevue avec le Médecin-Chef Régional le Médecin-Commandant Mame Demba SY le vendredi 20 Février et repas pris avec lui et toute l’équipe le Samedi 21 Février.
-  Déplacement en taxi sur Albadar le lundi 23 février en début de matinée
-  Travail à Albadar du lundi 23 au jeudi 26 février
-  Fin de la mission le vendredi 27 février : départ d’une partie de l’équipe sur Banjul tandis que l’autre partie regagnait Ziguinchor.

3. Médicaments :

Le voilier "Aglaé" de VSF Suisse a acheminé depuis le port de La Ciotat jusqu’en Casamance
-  quatre cantines ( valeur # 3200 Euros ) offertes par l’association "TULIPE ",
-  un lot de médicaments achetés ( valeur 352 Euros) par ANIMA à la CHMP à Clermont- Ferrand,
-  quatre cartons de MNU ( Médicaments non utilisés récupérés par ANIMA).
-  Un lot de consommables dentaires ( valeur 284 Euros ) achetés par ANIMA A Ziguinchor ANIMA a acheté directement
-  un lot de médicaments à usage pédiatrique ( valeur 818 Euros ),
-  tandis que nous retrouvions à Niomoune huit cartons de MNU acheminés pour ANIMA par le voilier "Fleur de Sel " ainsi qu’un lot de médicaments destinés par PSF Toulon à Haïti, restés en attente sans pouvoir être acheminés par VSF France. Enfin pour compléter notre dotation de médicaments nous avons effectué en cours de mission
-  un achat supplémentaire ( valeur 136 Euros ) à la CHMP, médicaments qui nous été apportés par des amis venant de France. Ces médicaments - sans compter les cartons de MNU et ceux de PSF - représentent donc une valeur de 4790 Euros.

4. Activité médicale

4.1 Consultations Dans chaque case de santé nous avons organisé avec le responsable local ( Infirmier Chef de Poste et / ou Agent de santé Communautaire ) une consultation sous le contrôle du Comité de Santé local qui assurait la vente des tickets de consultation. Il était entendu que le produit de cette vente revenait entièrement à la Case de Santé avec pour seule exigence de notre part que la recette soit entièrement réinvestie en achats de médicaments servant à l’approvisionnement de la pharmacie de la case de santé, permettant ainsi grâce au recouvrement des coûts, conformément à l’Initiative de Bamako, le turn-over des médicaments. Chaque consultant était répertorié ( identité âge et pathologie ) sur une feuille remplie par le médecin avec l’aide de l’interprète. Après examen et délivrance de l’ordonnance le patient gagnait le lieu de distribution des médicaments avec nouvelle explication de l’ordonnance par le biais d’un interprète. Si des soins infirmiers étaient nécessaires ils étaient pris en charge par nos deux infirmiers en collaboration avec l’agent de santé local. 4.2 Médecine scolaire Outre ces consultations nous avons assuré, sans délivrance de tickets payants cette fois, une activité de dépistage scolaire en collaboration étroite avec les instituteurs et directeurs d’école qui ont accueilli très favorablement cette initiative. L’équipe de VSF Suisse a participé efficacement à l’organisation de ces visites nécessitant coordination et discipline. A Affiniam devant l’affluence des consultants et le trop grand nombre d’enfants ( deux écoles ) nous n’avons examiné que les élèves du CI et du CP. Par contre à Niomoune, Diogué, Cachouane, nous avons consulté l’ensemble des élèves ainsi qu’à Bandial où nous avons aussi pris en compte l’école du village voisin de Séléki . A Albadar devant l’afflux des consultants nous n’avons reçu en dépistage scolaire que les enfants se plaignant à leur instituteurs de troubles. A Djilapao et à La Pointe St Georges il n’existe pas d’école.

5. Pathologies rencontrées

Un tableau récapitulant les pathologies pour chaque village ainsi que pour l’ensemble de la mission est dressé en annexe. La médecine de dépistage scolaire est présentée en un seul tableau. 5.1 Commentaires en ce qui concerne les consultations ( 3106 consultants) : - Immédiatement saute aux yeux l’importance du chapitre "Rhumatologie" : nous avons regroupé l’ensemble des plaintes douloureuses des patients, musculaires, articulaires, vertébrales surtout. Ces plaintes émises par plus de la moitié des consultants adultes, sans correspondre le plus souvent à des lésions organiques évidentes traduisent les très difficiles conditions de vie de cette population. : travail pénible aux champs et/ou à la pêche, port de lourdes charges et ce dès l’enfance. Les patients ne sont pas habitués par ailleurs à plier les genoux pour ménager leur rachis vertébral. Ces pathologies ont entraîné la délivrance de paracétamol d’abord et dans les cas de lésions rhumatologiques vraies (arthrose vertébrale, scoliose, gonarthrose, coxarthrose, hallux varus) il était prescrit en outre des AINS et/ou des antalgiques type association Dextropropoxyphène – paracétamol ) - Le chapitre " Troubles digestifs " est également fourni avec épigastralgies et nombreux signes de reflux gastro-oesophagien, accrus probablement par les positions de travail tête en bas et sans doute par l’alimentation pimentée fort prisée comme on sait. Prescription de pansements gastriques (type hydroxyde d’aluminium) et parfois d’IPP ou d’anti H1 assortie de conseils hygiéno-diététiques. Nous n’avons eu à prendre en charge que peu de cas de diarrhées chez les enfants avec prescription de sels de réhydratation orale et de pansements intestinaux. - Le chapitre " dermatologie " s’est révélé important ( forte disparité selon les villages ) avec forte prévalence de gales souvent surinfectées prises en charge par désinfection et Benzoate de benzyle. Nous ne disposions malheureusement pas d’Ivermectine qui, selon la nouvelle AMM, se révèle des plus efficaces en prise unique. Une stratégie globale de lutte contre la gale est possible dans les villages réunissant soignants, comité de santé, instituteurs et villageois responsabilisés. Outre la gale nous avons été confrontés à nombre de pathologies fongiques et aussi à beaucoup de surinfections staphylococciques. - Le chapitre"pulmonaire" reflète la fréquence des affections infectieuses ORL et bronchitiques liées en partie aux conditions climatiques du moment avec fraîcheur des nuits et des matinées. Nous n’avons rencontrés que très peu d’asthmes. - Sur le plan " gynéco-obstétrique" les infections sont fréquentes en particulier liées à des MST nécessitant un traitement du conjoint, chose pas toujours facile à mettre en œuvre..). Nous n’avions pas de possibilités de réaliser nous même les test de dépistage du VIH et en avons prescrit quelques uns en ne trouvant qu’un seul cas clinique fortement évocateur d’un SIDA avéré. Ces infections sont responsables de stérilité primaire ou secondaire. Quelques cas de grossesse non pathologiques ont été pris en compte avec renvoi sur les Consultations prénatales, en collaboration avec les matrones. : prescription et délivrance de fer et de chloroquine. Le chapitre " Urologie " regroupe avant tout de nombreux cas de Bilharzioses et met en évidence, tout comme pour la gale, une forte disparité selon les villages. Nos provisions de Praziquantel ont été épuisées devant les nombreux cas diagnostiqués en particulier en milieu scolaire. En attendant la mise sur le marché du vaccin expérimenté au Sénégal il conviendra lors d’une prochaine mission d’apporter davantage de Praziquantel.. Nous avons été surpris par le peu de troubles prostatiques avérés chez les hommes âgés. - Sur le plan "Ophtalmologie " nous avons constaté que les troubles de l’acuité visuelle constituaient un véritable problème et nous nous emploierons à pouvoir prescrire des corrections optiques lors des prochaines missions. Peu de conjonctivites, pas de trachome. - Sur le plan "cardio-vasculaire" ce sont avant tout les Hypertensions artérielles qui prédominent sans que la nécessité d’un traitement au long cours sans interruption ne soit vraiment perçu par bien des patients. Très peu d’insuffisances cardiaques ; même si nous avons vu quelques patients à leur domicile on peut penser que les cas les plus graves dans l’impossibilité de se déplacer, ne nous pas été montrés dans les villages les plus isolés. - Le chapitre " Parasitologie " recouvre les parasitoses digestives, ascaridioses et oxyurose principalement prises en charge par Mebendazole et Povanyl. - Les " divers" regroupent quelques cas d’épilepsie, de diabète (dont un découvert à l’occasion d’un mal perforant plantaire qui a nécessité l’amputation à Ziguinchor). On a noté aussi bégaiements, tumeurs osseuses, asthénie, atteintes de l’état général ou anémies non reliées à une étiologie évidente. - Enfin et pour finir les cas de " paludisme" n’ont constitué que 3% des cas de consultation tout venants avec prescription de chloroquine sans recourir à l’association Fansidar – Amodiaquine, médicaments dont nous ne disposions pas.

5.2 Commentaires sur la médecine scolaire ( 1244 enfants ) Comme déjà dit ce n’était dans notre esprit qu’une première approche dans un but de dépistage. Si nous voulons entreprendre véritablement une médecine scolaire il nous faudra, comme nous le faisons depuis quatre ans au Nord Mali, mettre sur pieds un véritable protocole, en concertation avec les autorités scolaires et sur le terrain avec les enseignants. Chaque enfant doit être muni d’ une fiche de consultations regroupant sur quatre années le suivi annuel du poids, de la taille, de l’acuité visuelle et auditive, la recherche d’hématurie et de mauvaise vision nocturne ainsi que les données d’un examen clinique complet pratiqué sur un enfant nu en position debout et couchée.
- Nous avons pu mettre en évidence l’importance des problèmes dermatologiques avec l’abondance des cas de gale, de teigne et de staphylococcies cutanées.
- Sur le plan urologique importance des bilharzioses + quelques cas d’ectopie testiculaire dont une bilatérale.
- Nombreuses caries dentaires sur la première dentition avant tout ce qui en minimise la portée.
- Fréquence des hernies ombilicales.
- Nous avons découvert peu de cas de paludisme avéré mais par contre 50 cas de splénomégalies (soit 4% des élèves) à mettre certainement en relations avec un paludisme chronique et/ou une parasitose. Comme au Nord Mali ( où nous trouvons 15% de splénomégalies sur les enfants des écoles ) nous avons proposé et délivré, avec le secours des instituteurs un traitement de chloroquine, à doses curatives selon le poids, suivies d’une dose préventive de 100 mg / jour pendant un mois avec adjonction de Mebendazole .
- L’état général de ces enfants apparaît plutôt satisfaisant en relation probablement avec l’apport de poisson dans la nourriture mais on note une disparité selon les villages en particulier en ce qui concerne les cas de gale et de bilharziose.. Nous n’avons pas pu obtenir les carnets de vaccination si bien que nous n’avons pas d’informations sur le statut vaccinal des enfants.

5.3 Commentaires en ce qui concerne l’activité dentaire ( 594 consultants ) 1256 dents ont été extraites sous anesthésie locale classique sans que des soins conservateurs puissent être proposés vu l’état de ces dents d’autant que le manque de suivi n’aurait pas permis de se lancer dans de tels soins conservateurs au risque de complications ultérieures. Un traitement antalgique était donné systématiquement tandis que les antibiotiques étaient délivrés chaque fois que le dentiste l’estimait nécessaire. On peut souligner le travail effectué par notre dentiste et son aide vu les conditions de travail difficiles et éprouvantes auxquelles ils étaient confrontés, bien loin du confort d’un cabinet dentaire bien équipé en particulier sur le plan fauteuil dentaire ! En conclusion il faut remercier tous les membres des équipes ANIMA et VSF Suisse qui ont tous travaillé dans des conditions souvent difficiles. Il nous faut enfin et surtout remercier les autorités Sénégalaises : le Président du Conseil Général de Casamance, le Gouverneur de Casamance, le Médecin-Chef Régional, les Médecins –Chefs de Bignona et d’Oussouye ainsi que tous les comités de santé locaux, les infirmiers, les agents de santé, les enseignants et les villageois qui nous ont accueillis à bras ouverts avec leurs chefs de village et tous les responsables locaux. A Nyons le 31 mars 2004

Docteur Yves Menguy Chef de Mission Président de l’association ANIMA



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